
Parlez-nous de Ungendered. D’où vient l’idée ou le concept ?
Ça faisait longtemps que j’avais envie de créer une campagne à mon image qui allait respecter mon style et dont j’allais pouvoir orchestrer tous les aspects créatifs. Je n’ai rien inventé. J’ai voulu remettre de l’avant ce mouvement ô combien nécessaire ! J’ai changé ma liste de prix en 2016 et ça m’a frappée de voir que la majorité des salons ont encore des services avec des prix différents (homme-femme). Dès le début de l’élaboration du projet, j’ai tout de suite pensé à impliquer REDKEN, un partenaire fidèle avec qui j’ai travaillé pendant sept ans. L’entreprise a tout de suite été emballée et m’a aidée à financer ce projet qui me tenait tant à cœur. Concept JP s’est aussi joint à l’équipe afin de supporter notre initiative ; j’avais donc la meilleure équipe pour m’épauler. Je voulais illustrer une grosse lacune dans notre industrie : celle de genrer nos services. C’est une habitude anodine qui est lourde de conséquences, non seulement pour la communauté LGBTQ+, mais pour notre propre perception de notre métier. Par exemple, il est fréquent que la clientèle issue de la communauté LGBTQ+ se fasse mégenrer. Ça devient donc une source d’anxiété de simplement se rendre dans nos établissements. Ou encore, les stylistes refusent de faire des « cheveux d’hommes », car ils pensent que c’est moins « payant ». Ça, c’est le résultat clair d’une liste de prix mal construite, qui devrait prendre en compte plusieurs variables pour la facturation d’un service de coiffure, telles que la complexité de certaines techniques, l’expertise du styliste et le temps d’exécution du service. L’aspect financier est crucial, mais la façon dont on s’exprime aussi. Je vous donne un exemple : des barbiers qui disent qui ne font pas de coupes pour « femmes » alors qu’ils veulent probablement dire qu’ils ne coupent pas les cheveux longs. Dans cette campagne, on peut observer 10 personnes qui arborent les mêmes styles de coupe, un clin d’œil aux stéréotypes dépassés. Des personnes à l’expression de genre masculine aux cheveux longs, des personnes à l’expression de genre féminine aux cheveux rasés, l’utilisation de couleurs pastel traditionnellement associées aux femmes, ainsi que des coupes non genrées. La création des looks s’est faite conjointement avec Sygie Gagné, du salon La Chop à Québec, qui a réalisé, suite au projet, l’importance de ce mouvement. Elle a d’ailleurs changé ses prix à la sortie de la campagne !
Pourquoi la coiffure non genrée est-elle importante pour vous ?
La neutralisation de la liste de prix des salons répond directement aux problématiques du monde de la coiffure. Pas seulement pour ma communauté, mais bien pour toute l’industrie ! Il faut s’assurer que notre environnement soit sain et sûr pour accueillir nos clients, qu’ils se retrouvent dans un espace inclusif, à commencer par la neutralisation de la liste de prix, mais le travail ne s’arrête pas là. L’important est de se concentrer sur ce qui compte vraiment. D’autre part, l’aspect financier est important, aussi. Si on se rémunère comme il faut, ça va aussi nous permettre d’améliorer notre propre perception de notre métier de styliste.
Parlez-nous des coupes et des couleurs que vous avez créées pour cette présentation et des techniques que vous avez employées. Qu’est-ce qui vous a surpris en la créant ? Y a-t-il des choses que vous n’attendiez pas ?
Ç’a été génial de valider nos propos lors de la journée avec Sygie. Chaque coupe exécutée sur nos duos a pris exactement le même temps à produire. Ça confirme l’importance de cette campagne.
Vous avez déjà participé aux prix Contessa. Qu’est-ce que vous aimez le plus ? Comment vous sentiez-vous pour la première de votre film cette année ?
Ça m’a permis de boucler la boucle. Les Contessas, c’est LE moment de l’année que j’attends avec impatience. J’adore cette soirée mémorable où je peux rencontrer les stylistes les plus talentueux du Canada. Partager ma campagne très personnelle avec mon industrie a été une expérience très spéciale pour moi. J’ai une relation très privilégiée avec Salon Magazine. Vous été témoins de tous les moments marquants de ma carrière et j’en suis très reconnaissante.
Quel genre d’année votre équipe et vous avez-vous vécu, avec la pandémie ?
Ç’a été la meilleure chose qui puisse nous arriver, honnêtement. J’explique : pour renforcer une équipe, rien ne vaut le fait de traverser une étape difficile et de se relever ensemble. Ça nous a permis de nous renouveler et de grandir tous ensemble. J’ai une équipe plus soudée que jamais.
Qu’est-ce qui vous attend ? Quels sont les buts que vous visez ou les projets auxquels vous travaillez ?
De grands projets pour APART studio. On prévoit une plateforme d’éducation en ligne dans la prochaine année. On travaille également à un balado. Si tout se déroule bien, peut-être une deuxième succursale… qui sait !
Quels conseils pouvez-vous donner aux autres salons ou stylistes que la coiffure non genrée passionne et qui veulent apporter des changements ou faire une différence dans l’industrie ?
Lancez-vous ! Je ne sais pas ce que vous attendez ! Sans blague, c’est un mouvement qui doit être adopté. Par respect pour notre clientèle et par amour de notre métier. C’est une magnifique industrie et elle se doit d’évoluer.
Pour voir la présentation Ungendered aux Contessas de 2021, cliquez ici.
















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